Pour un plan canal plus ambitieux !

Toulouse est irrigué et structurée par ses canaux, malheureusement ces derniers sont sous-utilisés car, comme l’a proposé Romain Cujives, ils pourraient aussi servir pour le transport de marchandises, la lutte contre la pollution et la création d’une autoroute à vélo.

« Monsieur le Maire, Madame l’adjointe, chers collègues,

J’ai souhaité intervenir au sujet de cette délibération consacrée au renouvellement de l’adhésion de la Mairie à la Fédération Agir Pour le Fluvial. Il s’agit, évidemment, de soutenir cette adhésion, et plus largement de souligner le changement de mentalité qui est désormais engagé mais qu’il nous faut encore renforcer à Toulouse autour de notre fleuve et de nos canaux.

Notre ville est irriguée par les canaux : canal du Midi, canal de Brienne, canal latéral à la Garonne. Toulouse s’est structurée autour de la Garonne, du passage à gué puis des ponts qui ont permis de la traverser. Nous sommes une ville fluviale, et l’histoire de notre territoire est intimement liée à ces voies d’eau. Et pourtant, nous leur avons très longtemps tourné le dos.

Les berges de la Garonne ont échappé de peu à la construction d’une voie rapide à la charnière des années 60 et 70. Ce n’est que depuis 2008 et le lancement du projet du Grand Parc Garonne, que nous avions initié et que vous avez poursuivi avec des projets souvent dignes d’intérêts, que les toulousaines et les toulousains retrouvent progressivement le lien avec leur fleuve. Si les activités fluviales sont encore peu nombreuses sur la Garonne, qui reste un fleuve capricieux je ne l’oublie pas, il convient de saluer la qualité des aménagements déployés et leur appropriation immédiate par les habitants, comme les touristes d’ailleurs.

Le canal du Midi, lui, est encore à la traine. Notre ville chacun le sait est traversée par un site exceptionnel, qui bénéficie d’un classement au patrimoine mondial de l’Unesco. L’infrastructure de transports que constitue notre réseau de canaux est non seulement intacte, mais le paysage qui nous est offert par ces espaces dispose d’un potentiel remarquable. Mais à ce jour, le compte n’y est pas :

La voie d’eau proprement dite est notoirement sous-utilisée, la navigation se résumant aujourd’hui essentiellement aux croisières touristiques. Ces activités contribuent évidemment à la valorisation de ce patrimoine, mais l’enferment aussi dans une forme de muséification d’autant plus regrettable qu’à l’heure où la transformation écologique de nos villes devient l’urgence absolue, le fluvial constitue un atout précieux dans la lutte contre la pollution. Je sais que notre ville et sa métropole accompagnent des études liées à la régénération du fret fluvial, et des projets majeurs tels que Toulouse EuroSudOuest ou la 3eme ligne de métro réfléchissent à l’utilisation de la voie d’eau pour acheminer les matériaux jusqu’aux chantier. Je veux naturellement apporter tout mon soutien à cette démarche vertueuse, mais aussi alerter notre conseil : si nous voulons accompagner le développement du transport fluvial sur notre territoire, nous devrons prendre en main la structuration d’une filière économique nouvelle, et être nous-même exemplaires en la matière. Il faudra structurer la commande publique dans ce sens, afin d’obliger les entreprises mobilisées sur nos chantiers situées à proximité des canaux à utiliser la voie d’eau pour une partie des transports de matériaux. Il nous faudra peut-être même accepter de payer plus cher ces acheminements pour diminuer le nombre de camions en ville, du moins dans un premier temps. Quoi qu’il en soit, la crédibilité de notre démarche autour de la revalorisation de la filière fluviale passe par des décisions fortes sur des chantiers majeurs et symboliques, et ce à très court terme.

Concernant la revalorisation des berges de nos canaux, nous sommes légitimement attendus par les Toulousains qui sont de plus en plus nombreux à se demander comment des aménagements aussi routiers, favorisant à ce point la vitesse, peuvent subsister au cœur de la 4eme ville de France. Vous évoquez le plan Canal, qui dresse un premier plan d’actions pour requalifier les espaces publics. Je m’exprimerai prochainement afin d’enrichir ce premier travail, et de mettre en débat des propositions nouvelles. Mais je veux sans attendre prendre l’exemple des travaux devant la gare Matabiau, qui constituent une sorte de « démonstrateur » de ce que pourraient devenir les boulevards du canal, pour entamer avec vous un premier travail d’inventaire, qui nous sera utile dans les mois et les années à venir. Il ne s’agit pas de remettre en cause le travail assez remarquable des urbanistes et paysagistes, qui offrira un magnifique parvis à notre gare. Je m’étonne toutefois que cet aménagement conçu, encore une fois, comme la « section zéro » d’un projet Canal d’envergure minore deux éléments que je crois désormais essentiels à toute intervention sur l’espace public : la végétalisation d’une part et la place des modes doux d’autre part. Certes, des arbres sont plantés grâce au projet, et c’est une bonne nouvelle. Mais les espaces au sol restent désespérément minéraux, imperméables. Quel dommage que ces berges ne soient pas davantage engazonnées, à l’heure où nous cherchons à régénérer les poumons verts de notre ville. Et comment ne pas regretter que le projet ait oublié, purement et simplement, de construire le premier tronçon de l’autoroute à vélo que vous nous promettez pourtant depuis 2014…

Je pourrais encore être long à ce sujet, qui anime les passionnés de Toulouse dont je suis, comme nous tous au sein de ce conseil. Vous l’aurez compris, je souhaite que nous transformions les belles intentions en actions concrètes qui améliorent le quotidien des toulousains. Notre fleuve, nos canaux, et notre ville le méritent ».