La campagne de com’ du maire de Toulouse fait polémique : un signalement au ministère de l’Intérieur

François Briançon, président du groupe socialiste de la ville de Toulouse, dénonce la campagne de communication du maire Jean-Luc Moudenc, baptisée « cinq ans de progrès ».

Publié le 23 Juin 19 

François Briançon, président du groupe socialiste à Toulouse, dénonce la campagne de communication du maire Jean-Luc Moudenc, baptisée « cinq ans de progrès ». Une « opération politique » aux frais du contribuable.

L’ancien adjoint au maire de Toulouse, Pierre Cohen (PS) de 2008 à 2014, dit avoir adressé un signalement auprès du ministère de l’Intérieur ainsi qu’à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Il s’explique sur Actu Toulouse.

François Briançon est conseiller municipal et communautaire d’opposition. Il fut adjoint au maire de Toulouse Pierre Cohen (PS) de 2008 à 2014. (©Pascal Pallas / Actu Toulouse)

« Le principe d’équité républicaine » mise à mal

Actu Toulouse : Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, met en avant son bilan dans le cadre d’une campagne de communication baptisée « cinq ans de progrès ». Que lui reprochez-vous ?

François Briançon : « Nous avons fait un signalement auprès du ministère de l’Intérieur ainsi qu’à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Les collectivités territoriales ne doivent pas engager une campagne de promotion publicitaire sur le bilan ou la gestion de l’équipe municipale en place à compter du premier jour du sixième mois précédant les élections. Avec cette campagne baptisée « Cinq ans de progrès », le maire de Toulouse se place volontairement à la limite du cadre légal. La campagne pour les élections municipales n’a pas commencé mais Jean-Luc Moudenc mène déjà une opération politique en jouant avec ce calendrier. Il lance ici sa campagne à grands renforts de communication : affichages, réunions publiques, films diffusés sur les réseaux sociaux, journal municipal… Tout cela aux frais du contribuable toulousain. D’habitude, les maires s’interdisent de communiquer sur leurs actions en fin de mandat… C’est un principe d’équité républicaine ». 

« Le pouvoir d’achat des Toulousains a diminué »

Actu Toulouse : Jean-Luc Moudenc justifie cette campagne en insistant sur son devoir de rendre des comptes aux Toulousains. N’est-ce pas louable ?

François Briançon : « Cette campagne de communication est très paradoxale. Le maire de Toulouse met en avant la construction d’écoles ou de crèches, l’organisation d’événements pour la Fête de la musique ou la Fête nationale… Ce bilan n’a pourtant rien d’exceptionnel, cela fait partie des prérogatives d’un maire. Imaginons un boulanger qui communiquerait sur le simple fait qu’il fabrique du pain, cela n’a pas de sens ! Encore faut-il que le pain soit bon… »

Actu Toulouse : Quelles principales critiques formulez-vous sur le bilan du maire de Toulouse ?

François Briançon : « Entre le début et la fin du mandat de Jean-Luc Moudenc, le pouvoir d’achat des Toulousains a diminué. Toulouse est une ville moins solidaire que par le passé. Les transports en commun, la cantine… les prix d’un grand nombre de services publics ont augmenté. À l’inverse, les associations qui œuvrent aux bénéfices des habitants ont vu se réduire les subventions accordées. Et je ne parle pas de la hausse des impôts locaux en 2015. Jean-Luc Moudenc s’était pourtant engagé à ne rien augmenter pendant la campagne des dernières municipales ».

Actu Toulouse : Vous dénoncez un « Toulouse à deux vitesses ». En quoi Jean-Luc Moudenc en serait-il responsable ? 

François Briançon : « Il ne s’agit pas d’éluder le contexte national. Mais par ses mesures, au niveau local, Jean-Luc Moudenc renforce encore un peu plus la fracture sociale. Toulouse est une ville à deux vitesses. Alors que la métropole produit de la richesse, le maire aggrave le fossé entre ses habitants. Il devrait plutôt redistribuer cette richesse. Il ne le fait pas. La métropole s’étale car les habitants n’ont plus les moyens d’habiter en centre-ville. C’est la double peine : ils n’ont plus les transports en commun et subissent les bouchons du périphérique ».

Actu Toulouse : Sur les « cinq ans de progrès », Jean-Luc Moudenc met en avant sa prise en compte de l’écologie. Pourquoi cela vous fait-il sourire ? 

François Briançon : « Je pense aux blocs de béton repeints en verts que l’on aperçoit en centre-ville… Jean-Luc Moudenc n’est pas à la hauteur des enjeux. Il verdit sa communication, mais pas sa politique. J’aimerais voir des actes en découler. Lors de la braderie, on créait des dispositifs pour venir gratuitement se garer en voiture en ville. Il n’y avait aucune mesure incitative pour encourager les transports en commun ». 

Actu Toulouse : Le projet d’une troisième ligne de métro n’est-il pas, aussi, en faveur de l’environnement ?

François Briançon : « Nous ne sommes pas opposés au projet de troisième ligne de métro. En revanche, nos interrogations portent sur son financement. Aucun plan financier n’a pour l’heure été présenté. Ce projet va par ailleurs concentrer pendant une vingtaine d’années les crédits alloués aux transports. N’est-il pas préférable de réaliser la troisième ligne de métro en plusieurs tronçons, afin d’étaler le financement dans le temps ? La troisième ligne n’est pas la panacée. Elle ne va pas résoudre tous les problèmes de transport à Toulouse. Ne faudrait-il pas aussi se donner les moyens d’avoir un véritable réseau de proximité ? »

Actu Toulouse : Avec les transports, la sécurité figurait parmi les thèmes de prédilection du candidat Jean-Luc Moudenc en 2014. Il dit aujourd’hui que Toulouse n’est pas assez « outillée » face aux trafics de stupéfiants. Partagez-vous ce constat ?

François Briançon : « Concernant la sécurité, nous donnons quitus au maire de Toulouse car il a tenu ses engagements en terme de moyens humains et matériels. Mais malgré ses belles promesses de campagne, le problème est loin d’être résolu. Nous déplorons même une hausse inquiétante de la criminalité. Jean-Luc Moudenc demande plus de moyens à l’Etat, mais sans succès. Sur les incivilités du quotidien, l’absence de médiation est flagrante. La gauche avait lancé l’Office de la tranquillité pour s’attaquer aux problèmes de fond, sans être systématiquement dans le tout répressif ».

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