Urbanisme : quand l’opportunisme tient lieu de projet

Au vu de sa politique en matière d’urbanisme, on est en droit de se demander si le maire de Toulouse a une réelle vision d’avenir pour sa ville. Quand il ne poursuit pas les projets de l’équipe de Pierre Cohen, ses actions relèvent plus de l’opportunisme que d’un projet urbain destiné à faire évoluer Toulouse en tenant compte de son affluence démographique, des impératifs de transports et de développement durable, du bien-être de ses habitants. Ses projets, menés à la hussarde, avec des concertations qui n’en ont que le nom, semblent satisfaire davantage certains promoteurs que les besoins immédiats et futurs des Toulousains.

Les exemples se multiplient. En voici quelques-uns.

  • L’esplanade des allées Jean Jaurès : l’arbre qui cache la voiture

Le 14 janvier 2016, Jean-Luc Moudenc annonce son projet d’esplanade sur les allées Jean-Jaurès. Hasard du calendrier ? Le 19 janvier, soit 5 jours plus tard, Indigo (ex-Vinci) rafle la gestion de la plupart des parkings souterrains de Toulouse, un marché auquel il faut ajouter la construction d’un parking de 400 places en haut de ces mêmes allées Jean Jaurès… A l’heure où Toulouse subit des pics de pollution préoccupants, elle est certainement la seule grande métropole française à créer un parking en centre-ville plutôt que de construire des parkings relais en périphérie. Qu’importe si l’on attire de nouvelles voitures en centre-ville, puisque quelques arbres seront plantés sur cette nouvelle esplanade ! Et tant pis si nul ne prend le temps d’étudier l’intégration du projet dans l’ensemble du nouveau quartier Toulouse Euro Sud-ouest, les nouveaux usages induits, les liens possibles avec les autres quartiers. Il faut faire vite : Vinci veut son parking et le trou doit être rebouché avant les prochaines élections…

  • La tour Occitanie fait de l’ombre aux riverains

A quelques pas de là, la décision de construire une tour de 150 mètres, à l’emplacement de l’ancien tri postal, a été prise en un tournemain. En mars 2016, le projet ne figurait dans aucun document. En mars 2017, le maire annonçait non seulement la construction de la tour, mais aussi le nom du promoteur retenu. Pour un projet d’une telle ampleur, on atteint là des sommets en matière de rapidité ! D’ailleurs, les riverains, pourtant très attentifs au projet Toulouse Euro Sud-ouest, n’y ont vu que du feu. Mais quelques promoteurs semblaient, eux, parfaitement au courant, puisque dès mai 2016, ils commençaient à se positionner sur le projet. D’ailleurs, la compagnie de Phalsbourg, lauréate de l’appel d’offre, a remis son projet le 24 novembre 2016, soit seulement dix jours après le vote des élus du Conseil de Métropole validant une hauteur de 150 mètres sur ce terrain du tri postal. Un projet si complexe sorti du chapeau en 10 jours, difficile à croire… Mis devant le fait accompli, les riverains, et plus largement les Toulousains, s’inquiètent des effets sur l’environnement de ce chantier situé près du Canal du midi, de la hausse des loyers probable à proximité, de l’augmentation – probable également – de la circulation automobile, de l’intégration de la tour dans le projet Toulouse Euro Sud-ouest… Autant de questions toujours sans réponse.

  • Brouardel Europe : un tiers de la place vendu à des promoteurs

A Compans, un tiers de la place de l’Europe est en passe d’être vendu à l’Icade, promoteur de la Caisse des Dépôts, pour la construction d’un campus numérique privé intégrant hôtel, restaurants et commerces. Et cela à un prix défiant toute concurrence. Entre mars 2016 et octobre 2017, le projet est passé de 4500 m2 à 6700 m2. Mais le prix de vente, lui, a proportionnellement baissé. Il s’établit aujourd’hui à 225 € le m2, ce qui constitue une véritable braderie de l’espace public. A l’origine, il s’agissait de détruire l’ancienne caserne pour construire uniquement un campus. Au final, la caserne sera préservée, mais une partie de la place sera sacrifiée et une résidence hôtelière, dont le besoin reste à démontrer, s’est greffée au projet. Une fois de plus, le projet a été mené sans que l’avis des riverains ne soit pris en compte. Une fois de plus, ses conséquences en termes d’environnement, de patrimoine, d’impact sur la vie du quartier, n’ont pas été analysées.

Si cette politique de l’urbanisme menée au fil de l’eau fait le bonheur de quelques promoteurs, il n’est pas sûr que les Toulousains y trouvent leur compte. Et il n’est pas sûr non plus que le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUiH) qui sera approuvé en 2019 change la donne…