Une drôle de conception du service public

Dans son bilan de mi-mandat, le maire de Toulouse se dit fier d’avoir maîtrisé les dépenses de personnel en ne remplaçant pas les départs en retraite. Il se glorifie d’avoir comprimé les dépenses de fonctionnement de la collectivité.
Mais peut-on tirer une quelconque fierté de la réduction des services publics ? Peut-on légitimement se glorifier d’exercer une pression de plus en plus intolérable sur le personnel municipal, sommé de faire toujours plus avec toujours moins de moyens ?
Ces déclarations traduisent une conception clairement libérale des services publics qui n’est pas la nôtre.

Pour nous, le service public n’est pas un monde à part.
Il est un des piliers de l’égalité, valeur fondatrice de notre République.
Les problèmes de garde d’enfants, d’éducation, de mobilité, de logement, d’eau, de tranquillité, d’emploi, d’accès à la culture, aux sports et aux loisirs, nous concernent tous. Ils sont au cœur de nos réalités quotidiennes. Doit-on rappeler que dans tous ces secteurs et dans bien d’autres, le personnel municipal est en première ligne pour que chaque habitant, quelle que soit sa situation personnelle, ses origines, son âge ou son sexe, bénéficie d’une même qualité de service ?

Les services publics ne sont pas une vieille idée du passé, ils sont nos meilleurs outils pour espérer en demain.
Mais il est bien plus facile de fustiger les fonctionnaires, accusés de coûter cher à la collectivité, et de laisser à d’autres le soin de remplir les missions pourtant essentielles de service public.

L’exemple des crèches est frappant et traduit chez le maire de Toulouse un art consommé du mensonge et de la manipulation des chiffres.
Il annonce, toujours dans son bilan, 572 créations de places en crèche. A y regarder de plus près, le compte n’y est pas. En effet, les places « créées » viennent parfois remplacer des places supprimées. Ainsi, le multi-accueil de Reynerie « Au fil de l’eau », récemment inauguré, remplace deux  haltes-garderies. Les 25 nouvelles places annoncées masquent donc une diminution du nombre de lits dans le secteur. La crèche « 1,2, 3 Couleurs » ouverte derrière l’université Jean Jaurès, n’est ni plus ni moins que le résultat du déménagement de « La baleine bleue ». Quand la nouvelle crèche de Bordeblanche a été ouverte, le multi-accueil des Pradettes a été fermé. On peut ainsi multiplier les exemples.
Le solde est donc, au final, beaucoup moins élevé que celui annoncé. Mais la mairie reste muette quand on lui demande la vérité des chiffres.

De plus, aucune nouvelle crèche n’est gérée par la Ville ou le CCAS. Et la plupart du temps, les investissements n’ont pas été portés par la municipalité. C’est une certaine conception du service public de la petite enfance que de penser que tout doit être géré – voir construit – par des associations. Alors que ces dernières sont aujourd’hui en difficulté en raison de la remise en cause des emplois aidés, on comprend la fragilité d’un tel dispositif.
Pour finir, la plage d’ouverture des crèches municipales a été réduite.
Un tel manque de volontarisme est confondant. Ce qui n’empêche pas le maire de claironner que « le soutien à la petite enfance à Toulouse demeure un des plus volontaristes de France ».

Non, décidément, ce n’est pas notre conception du service public…