La violente charge des élus de l’opposition PS contre le bilan à mi-mandat de Jean-Luc Moudenc à Toulouse

ActuToulouse – Publié le 14-09-2017

Insécurité, colère après les travaux de l’été, rigueur budgétaire… Les élus de l’opposition sont revenus sur le bilan à mi-parcours de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse.

Après la rentrée des classes, la rentrée politique. Et le premier coup de semonce est venu du groupe des élus socialistes et radicaux à la mairie de Toulouse. L’ancien maire PS de Toulouse Pierre Cohen, à l’initiative d’une conférence de presse de rentrée, jeudi 14 septembre 2017, ne s’est pas montré tendre à l’égard du bilan à mi-mandat de Jean-Luc Moudenc, premier magistrat de Toulouse : « La décision d’augmenter les impôts démontre que dans l’état d’esprit du maire, il revient aux Toulousains d’être contributeurs de sa politique. »

L’élu de gauche anticipe le « plan communication » que s’apprête à lancer Jean-Luc Moudenc afin de promouvoir les réalisations de la majorité municipale. Pour Pierre Cohen, c’est même la campagne électorale qui commence. Et ce aux frais du contribuable. Il se murmure que le maire de Toulouse, par ailleurs président de Toulouse métropole, serait à l’initiative d’une grande messe, le 16 octobre prochain, pour mettre en avant les dossiers qui avancent. « Ce coup de com’ aurait été chiffré à 500 000 euros », rapporte Pierre Cohen. Ce qui serait pour lui un comble alors que Jean-Luc Moudenc dit vouloir faire des économies…

Contacté par Actu Toulouse sur ce point très précis, le cabinet de Jean-Luc Moudenc s’en explique : « Les opérations de compte-rendu de la mi-mandat se font à coût annuel constant, c’est-à-dire sans allouer de budget supplémentaire à la communication, justement par souci d’une utilisation rigoureuse et économe de l’argent public. M. Cohen ne se souvient sans doute pas qu’il avait lui-même fait un bilan de mi-mandat en 2011. Il tente d’allumer des polémiques politiciennes qui n’intéressent pas les habitants ; nous n’y prendrons pas part. » 

Pour Gisèle Verniol, autre élue de l’opposition, il s’agit à chaque fois d’une « communication ciblée » : Jean-Luc Moudenc veut figer dans la tête des citoyens qu’il se fait beaucoup de choses dans la ville. « On va bientôt inaugurer le renouvellement du bitume », s’amuse Joël Carreiras, l’ancien adjoint aux finances sous le mandat précédant.

La colère après les travaux estivaux sur la ligne A

Concernant les sujets qui fâchent, Pierre Cohen est revenu sur la « colère » des usagers toulousains cet été. La ligne A du métro a été fermée pendant cinq semaines, en raison des travaux de doublement des quais. Selon l’élu toulousain, les modes de transport de substitution n’étaient pas suffisamment nombreux pour répondre aux attentes. « Des ajustements sont attendus pour l’année prochaine », prévient-il, espérant que « les leçons de cet été auront été tirées ».

De son côté, Joël Carreiras rappelle aussi que ces travaux n’auraient jamais eu lieu d’être si tout avait été anticipé à l’époque du chantier de la ligne A. En effet, les quais de quatre stations, le terminus aérien de Basso-Cambo et trois stations souterraines situées rive gauche (Fontaine Lestang, Mermoz et Patte d’Oie) n’ont pas été dimensionnés à la longueur des quais des autres stations, soit 26 mètres au lieu de 52 mètres ce qui contraint aujourd’hui Tisséo à ne faire rouler que deux rames quand quatre pourraient être utilisées sur l’ensemble des autres stations. Une contrainte devenue majeure avec l’explosion de la fréquentation de la ligne…
Ironique, Pierre Cohen estime que Jean-Luc Moudenc peut donc conserver son surnom de « Monsieur Bouchon », y compris en plein mois d’août…

Sécurité : « Le bilan est catastrophique »

Lors de la conférence de presse, Pierre Cohen est aussi revenu sur la polémique au sujet des Izards. Des habitants du quartier s’étaient indignés à la suite d’un message placardé dans un immeuble. Ils y étaient menacés de représailles s’ils dénonçaient les dealers à la police…

L’ancien maire de Toulouse souligne une évolution du discours de l’équipe Moudenc : « La droite critiquait notre incapacité et notre laxisme à l’époque. Les moyens promis par Jean-Luc Moudenc (augmentation du nombre de policiers, caméras…) sont aujourd’hui déployés et le bilan est catastrophique. Il considère que tout ce qui reste à faire est aujourd’hui de la responsabilité de l’Etat. »

Contrairement à son successeur, Pierre Cohen dit n’avoir jamais cru que la police municipale pouvait se substituer aux missions de la police nationale : « Le maire n’a pas eu les bonnes réponses face à un problème beaucoup plus complexe. »
Pierre Cohen est convaincu que le « tout police » n’est pas une solution, que la justice n’est « pas au rendez-vous » et croit encore aux missions de prévention, en particulier dans des quartiers comme les Izards.

En revanche, plus surprenant est le quasi-revirement au sujet de la présence de caméras de surveillance. Plutôt défavorable à sa prolifération lors de son mandat, Pierre Cohen reconnaît ses vertus, en particulier dans la lutte contre le terrorisme. « Cela ne prévient pas mais c’est nécessaire, reconnaît-il. La présence de caméras n’a jamais été un sujet tabou pour moi. Nous en avions d’ailleurs installé 1 600 sous notre mandat (Ndlr. : en comptant celles de Tisséo). Mais après, on peut aussi revenir sur le nombre nécessaire ».

Quid de la LGV

La question de la LGV a aussi resurgi dans les débats. Fin août, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a mis sur la sellette le projet de Ligne à Grande Vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse, qui pourrait pourtant placer Toulouse à 3h10 de Paris au lieu de 4h19 actuellement.
« On peut sérieusement se poser la question de l’avenir de la LGV », a reconnu l’ancien maire de Toulouse. Ce dernier rappelle que l’Etat s’était pourtant engagé à ce que cette ligne puisse voir le jour. Lucide, Pierre Cohen dit vouloir analyser, dans un premier temps, le gain en temps depuis l’inauguration de la ligne Paris-Bordeaux. « Mais il faut se battre encore ! », insiste-t-il.

Pierre Cohen estime que l’annonce de Nicolas Hulot n’aura pas d’impact sur l’avenir du projet Toulouse EuroSudOuest, à Matabiau. Le socialiste n’est pas défavorable à la construction d’une Tour d’Occitanie de 150 mètres de haut, au cœur de ce futur quartier. Mais il met déjà en garde : « Que ce projet ne soit pas au détriment de la paupérisation du centre-ville ! Un quartier d’affaires ne se décrète pas. »  

Moudenc, main dans la main avec Macron ?

Enfin, Pierre Cohen est revenu sur les rapports qu’entretient Jean-Luc Moudenc avec Emmanuel Macron. Soutien de Benoît Hamon lors de la dernière présidentielle, Pierre Cohen relève une « ambiguïté » entre Jean-Luc Moudenc, par ailleurs président de France Urbaine (qui regroupe les métropoles et les grandes villes de France) et le Président de la République.
Jean-Luc Moudenc serait beaucoup « plus souple, voire conciliant » avec le nouvel occupant de l’Elysée : « Sous François Hollande, c’était une baisse de dotations de l’Etat aux collectivités de 11,5 milliards d’euros sur la période 2014-2017. Macron demande, lui, un effort de 13 milliards d’euros sur son quinquennat. On a le sentiment que Jean-Luc Moudenc accompagne la politique d’austérité de l’Etat. Nous n’avons pas beaucoup entendu le maire de Toulouse sur la diminution des contrats aidés, par exemple… Pire, cela s’ajoute à la cure d’austérité que fait vivre Jean-Luc Moudenc aux Toulousains. »

Hugues-Olivier Dumez