Le maire de Toulouse crée le bureau des vérifications

L’éthique et la déontologie n’étaient pas à l’ordre du jour du conseil municipal du 23 juin 2017. Il s’y est déroulé un fait révélateur : sous ses airs d’homme d’ouverture, le maire de Toulouse supporte mal la contradiction. Déjà, il n’organise plus que quatre Conseils municipaux par an, les seuls rendus obligatoires par la loi, ce qui permet à sa majorité de noyer ses décisions les plus contestables dans de véritables séances marathon de plus de 14 heures. Déjà, il a pris l’habitude de détourner les propositions faites par l’opposition lors des vœux de fin de séance, en les amendant sans concertation préalable, en contradiction avec le travail collégial qu’il prétend encourager. Mais il a encore innové lors de la dernière séance, se situant à la limite de la légalité.

Rappel des faits : tout conseil municipal débute par des propos liminaires, lors desquels chaque groupe politique peut s’exprimer librement. Une fois ces débats clos, le conseil municipal peut débuter, en suivant un ordre du jour préalablement établi et envoyé à tous les élus, comme le spécifie le Code général des collectivités territoriales. Le premier point à l’ordre du jour est toujours le procès verbal du précédent conseil municipal. Il s’agit de dire si oui ou non ce qui a été retranscrit est conforme à ce qui a été dit. Mais en aucun cas de rouvrir les débats.

C’est pourtant ce qu’a fait Jean-Luc Moudenc. Après l’approbation du procès verbal, il a demandé à son adjoint aux finances, vidéo et documents à l’appui, de revenir sur un certain nombre de points où l’opposition avait, selon lui, énoncé des contrevérités. Cette demande, visiblement soigneusement préparée, ne figurait bien entendu pas à l’ordre du jour du Conseil municipal. Cette pratique accentue de fait le déséquilibre entre les moyens d’expression de la majorité et de la minorité au sein du conseil : la minorité pourra-t-elle par exemple diffuser des vidéos de JL Moudenc promettant le maintien de la gratuité des transports pour les seniors ou la « stabilité fiscale » ?

Est-ce parce qu’il ment aux Toulousains à tout propos que Jean-Luc Moudenc veut faire passer les élus de la minorité pour des menteurs patentés ?

Toujours est-il qu’en fait de contrevérités, il s’agissait d’opinions divergentes sur la seconde rocade et la troisième ligne de métro. Le maire de Toulouse oublie au passage qu’un débat se nourrit de faits, mais aussi d’opinions. Et que ce sont justement ces opinions divergentes qui font vivre la démocratie. La dérive est dangereuse et ouvre la voie à des pratiques pour le moins contestables.

Les élus devront-ils dorénavant s’attendre à ce que l’on fasse appel à l’arbitrage vidéo dès lors qu’ils prendront la parole, et à passer devant un bureau des vérifications pour savoir si leurs propos plaisent au maire de Toulouse ?

L’affaire serait risible si elle n’était pas si inquiétante pour le débat démocratique à Toulouse…

(Communiqué de presse commun des groupes socialiste et radical, communiste et Toulouse Vert demain)