Retour sur le Conseil municipal du 23 juin : le débat démocratique se dégrade

C’est par un hommage unanime  à Jean Carassou qu’a débuté le Conseil municipal du 23 juin, le second de l’année. Jean Carassou, décédé en septembre dernier, a été conseiller municipal de Toulouse de 1989 à 1995. Il présidait le groupe d’opposition socialiste. Pierre Cohen se souvient d’une personnalité brillante, humaine et bienveillante, un ami et un collègue qu’il côtoyait au Conseil régional, où ils siégeaient ensemble.

Rappelant le contexte national et la nécessité d’entamer une large réflexion face à une société en pleine mutation, Pierre Cohen a par ailleurs rappelé, dans ses propos liminaires : « Nous avons vécu une lourde défaite. Le Conseil municipal aujourd’hui est composé essentiellement d’élus qui ne font pas partie des trois premiers groupes politiques arrivés en tête aux présidentielles. Mais nous sommes élus pour 6 ans. Et nous continuerons, pour toute la durée du mandat, à faire notre travail, avec détermination et conviction. Nous continuerons à être extrêmement vigilants quant à la politique menée par la droite municipale. Tout comme sur les mesures gouvernementales qui donneraient moins de moyens aux collectivités locales. »

DSC01937L’opposition est revenue sur la fin de la gratuité des transports en commun pour les seniors à compter du 1er juillet prochain. Romain Cujives a rappelé que cette décision contrevenait aux promesses de campagne du candidat Moudenc. « Lorsqu’un retraité touche 801€ par mois, il doit désormais payer 10€ par mois pour les transports en commun. Est-ce cela que vous nommez une tarification solidaire ? Pourquoi ne pas avoir travaillé à une véritable tarification sociale en ne pénalisant ni les classes moyennes, ni les plus précaires ? » Cécile Ramos a rajouté : « Il aurait fallu se préoccuper des incidences d’une telle décision dans le quotidien des personnes âgées. Quand on touche 800€, le quotidien est compliqué. »

Le groupe socialiste s’est abstenu, comme il le fait depuis le début du mandat, sur toutes les délibérations concernant l’attribution de subventions aux associations, regrettant une fois de plus la baisse de 25% décidée d’ici 2020. Claude Touchefeu a rappelé combien les associations sont indispensables à la cohésion sociale. « C’est de nouveau la triple peine pour les Toulousains : hausse des impôts et des tarifs, baisse des services rendus et baisse des subventions aux associations. » Une baisse des services qui se traduit notamment, comme l’a fait remarquer François Briançon, par une diminution de la durée de Toulouse Plage pendant l’été. « Pourquoi ne pas poursuivre Toulouse Plage jusqu’à la rentrée scolaire ? » a-t-il demandé.

affiche Rio LocoLa hausse des tarifs a eu des incidences, selon Romain Cujives, sur la fréquentation des Rio Loco, en baisse de 17,7% par rapport à 2015, « un festival pourtant bien ancré dans sa ville mais que les jeunes commencent à bouder parce qu’il est devenu trop cher ».

Isabelle Hardy pour sa part s’est inquiétée de la modification du financement par les commerçants des illuminations de Noël. « Nous avions mis en place une organisation qui était peut-être perfectible, mais qui avait le mérite d’être équitable envers les commerçants. Je crains fort que le nouveau système mette à mal ce critère d’égalité. »

Crèche 3Gisèle Verniol, pour sa part, s’est émue des nouvelles modalités de partenariat avec les crèches associatives. Les subventions de la ville ne prennent plus en compte les projets spécifiques des crèches, comme celles qui accueillent des enfants porteurs de handicap, ou celles qui proposent des horaires atypiques. « C’est se moquer des acteurs associatifs de la petite enfance, c’est mépriser leur investissement, c’est ne pas tenir compte des besoins spécifiques des enfants, c’est renier même l’histoire de votre majorité municipale. » a-t-elle notamment déclaré. « Cette délibération inscrit encore, hélas, votre projet politique dans une logique essentiellement comptable, au mépris des besoins des toulousains. Elle oublie l’enfant. »

Le Conseil municipal de juin est traditionnellement consacré au vote du compte administratif, qui traduit les dépenses et les recettes réellement engagées l’année précédente. A l’examen de ce compte, il s’avère que les Toulousains auront payé 81 millions d’euros d’impôts supplémentaires depuis la hausse de 15% des impôts décidée en 2015. Résultat : l’épargne est plus élevée que prévu. Est-ce vraiment le moment de constituer un bas de laine, sans pour autant investir pour les Toulousains, puisque les investissements ont baissé de 15% ? Pour Joel Carreiras, une telle hausse des impôts n’était pas justifiée, « d’autant plus que nous considérons que les investissements futurs ne doivent pas être entièrement financés par les contribuables d’aujourd’hui. »

DSCF7544L’autre point important inscrit à l’ordre du jour concernait le plan local d’urbanisme intercommunal et de l’habitat (PLUiH). Pierre Cohen s’est inquiété du fait que le document soumis au vote ne donne pas une véritable vision du document final, puisque seulement quelques grands principes y sont présentés. Le PLUiH est pourtant essentiel pour l’avenir de notre métropole et une discussion approfondie avec l’ensemble des élus aurait été bénéfique. Il s’est également demandé si la concertation avec l’ensemble des communes de la Métropole avait été menée à bien, concernant notamment la répartition des logements sur l’ensemble du territoire. « Nous aimerions que le nombre de logements à construire soit calculé en fonction des besoins, et non pas en fonction des visées électoralistes du maire. » a-t-il déclaré. Enfin, il s’est ému  du plus grand flou entourant les orientations d’aménagement et de programmation (OAP), destinées à définir les formes urbaines d’un quartier, ses besoins en terme de logements, d’équipements, de déplacements et de transports. « A Pouvourville par exemple, il est prévu une OAP, l’OAP Larrey, mais vous avez déjà décidé d’y construire 800 logements, sans concertation, sans étude sur les déplacements, sur les besoins d’équipements. C’est pourtant à cela que sert une OAP ! »

Claude Touchefeu est revenue sur la vente de deux terrains chemin de Guilhermy à des promoteurs, en vue d’y construire 188 logements. « Le choix des opérateurs n’est pas argumenté, aucun des deux projets n’est présenté. Tout ce que nous pouvons voir, c’est une augmentation de 30 logements par rapport au cahier des charges. Il n’est plus fait mention d’un rez de chaussée destiné aux équipements publics et/ou commerces alors même que le quartier manque cruellement d’offre de services. »

Cette séance du Conseil municipal montre, une fois de plus, que le débat démocratique, la transparence et la concertation ne sont définitivement pas le fort de la droite municipale… Tout comme le fait qu’il n’y ait que quatre Conseils municipaux par an, les seuls prévus par la loi, dans la quatrième ville de France.