Retour sur le conseil municipal du 9 décembre 2016 : le Conseil des renoncements

Jean-Luc Moudenc a une conception toute particulière du débat démocratique et de la concertation. C’est par ce constat que Pierre Cohen a débuté ses propos lors du conseil municipal du 9 décembre, le 4ème seulement de l’année. « Ce qui devait être votre marque de fabrique, la nouvelle ère de la démocratie que vous proclamiez, a fait flop. J’en veux pour preuve la manière dont vous avez géré le déplacement du marché aux puces de Saint-Sernin, sans concertation avec les habitants et les commerçants. Les réunions de quartier sont de plus en plus houleuses. Votre gestion du personnel communal est marquée par une absence totale de dialogue. Le personnel travaille dans des conditions de plus en plus difficiles, en particulier à cause du non remplacement des départs à la retraite. »

Des conditionservices-publics-tout-doitdisparaitres de travail de plus en plus difficiles

Pendant que 200 à 300 agents municipaux manifestaient sous les fenêtres du Capitole pour protester contre leurs conditions de travail, François Briançon a demandé si les agents de surveillance de la voie publique (ASVP) étaient désormais soumis à des quotas de verbalisation. Il s’est attiré une réponse plutôt embarrassée de la droite toulousaine…
Joël Carreiras a pour sa part relevé que le budget prévisionnel pour 2017 envisage de multiplier par quatre les non remplacements de départ à la retraite des employés municipaux. Il a aussi rappelé, une fois de plus, que la hausse des impôts n’était pas justifiée, puisqu’elle se révèle trois fois plus importante que la baisse des dotations de l’Etat. « D’un côté on augmente les impôts et les tarifs municipaux, de l’autre on diminue les services publics offerts aux habitants. Dans un contexte de dynamisme démographique de notre ville, nous devons au contraire faire face à un besoin accru de services publics » a-t-il souligné.


Moulin (manuela)Des services réduits

Gisèle Verniol a d’ailleurs mis le doigt sur la diminution des horaires des accueils de loisirs pendant les vacances scolaires. « Comment vont faire les parents qui travaillent ? Vous tenez un discours culpabilisant et moralisateur vis-à-vis des familles. Vous pénalisez aussi les enfants, qui devront se lever encore plus tôt pour se rendre dans l’un des rares centres de loisirs qui conserve des horaires élargis. Vous dites que ce n’est pas pour faire des économies de personnel : revenez donc alors aux anciens horaires ! »

Des associations contraintes de réduire la voilure

Claude Touchefeu a souligné les conséquences dramatiques de la baisse des subventions aux associations en termes d’emplois. « Les associations emploient 25 000 personnes dans la Métropole. C’est un secteur économique à part entière. Devront-elles, elles aussi, ne pas remplacer leurs salariés qui partent à la retraite?»

Une culture sans ambition

Ce conseil a mis en lumière le manque d’ambition de l’actuelle équipe municipale pour la culture, les décisions prises au fil de l’eau, sans vision prospective ni désir de construire une politique culturelle structurante et durable. « Depuis 2014, nous constatons qu’il n’y a rien de neuf. Pire, de nombreux projets ont été tout simplement abandonnés, comme la Cité de la danse à la Grave, la Maison de l’image au Mirail, la Halle de la Cartoucherie où l’on ne voit rien venir. Si l’on rajoute le Pavillon Mazar, la Dynamo, la baisse des subventions aux associations culturelles, la diminution de la voilure du Printemps de Septembre et de la Novela, on peut légitimement s’inquiéter. Il est pourtant essentiel qu’il existe de grands équipements dans les quartiers et des projets culturels dans toute la ville »  a déploré Pierre Cohen.

espace_croix_baragnonIsabelle Hardy a pointé le flou autour de la vente de l’espace culturel de la rue Croix Baragnon. « Il y a beaucoup d’incertitudes en ce qui concerne l’espace culturel et ses nombreuses activités. Le centre culturel Croix Baragnon est pourtant un lieu mythique de la ville, une halte culturelle au cœur du centre historique. Pour nombre de Toulousains, c’est un rendez-vous incontournable de la scène contemporaine, un formidable incubateur de talents, un lieu de pratiques artistiques. Au-delà de la vente de cet espace, il s’agit bien de l’abandon d’une véritable politique culturelle. »

Romain Cujives a renchéri en constatant que si la municipalité a choisi de miser sur le patrimoine dans le cadre de la candidature au label de l’Unesco, elle ne s’en donne pas les moyens. « En effet, que dire de la situation dans laquelle se trouvent les musées toulousains ? Le musée des Augustins par exemple mériterait plus d’attention. Rénovation et extension avaient été étudiées et ont été enterrées. Ceci ne vient pas conforter votre volonté affichée de sauvegarder et valoriser le patrimoine historique en l’inscrivant dans l’évolution urbaine. » Plus largement, il demande que le budget de la culture soit « sanctuarisé ».

place-abbal-3Pour Claude Touchefeu, l’abandon de la Maison de l’Image à Reynerie, c’est « 3 millions d’euros jetés dans l’eau du lac ». Ces 3 millions d’euros correspondent à la fois au coût des études et aux indemnités de résiliation dues aux différents opérateurs ayant commencé à travailler sur ce projet. « Et tout ça pour quel projet de substitution ? On nous parle d’aménagements autour du lac de Reynerie. Est-ce là votre grande ambition culturelle pour le quartier ? Et qu’allez-vous faire de la place Abbal abandonnée et laissée aux voitures ? Ce que je ressens aujourd’hui, c’est à la fois de l’amertume et de la colère devant un tel gâchis. »

Cession du patrimoine communal : pas de véritable stratégie

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Ce Conseil aura été également marqué par la vente d’immeubles ou de terrains appartenant au patrimoine communal. Outre l’immeuble de la rue Croix-Baragnon, un bâtiment rue Valade, une partie de la Maison des associations dans l’ancienne caserne Niel et des petites parcelles ont également été mises en vente. Si les élus socialistes ne sont pas opposés par principe à ces ventes, particulièrement dans une période de restriction budgétaire, ils s’inquiètent de leur absence de logique. « Une fois de plus, il s’agit d’une politique au fil de l’eau, au gré des opportunités. Nous souhaiterions qu’une véritable stratégie de cession soit mise en place, afin que ces ventes ne répondent pas à la simple recherche d’un produit financier, mas à une volonté politique de rationnaliser le patrimoine communal. » a remarqué Joël Carreiras. Il s’est notamment étonné que la cession au privé d’un immeuble situé rue Valade n’ait pas été précédée d’un examen des besoins de l’université de Toulouse 1 Capitole et de l’IEP, dont les difficultés sont avérées pour accueillir dignement les étudiants.

latecoereLa vente d’un terrain à Latécoère dans le quartier de Montredon a fait l’objet de longs débats, l’opposition municipale s’étonnant que cette cession se fasse sans condition. « Notre collectivité se comporte comme un opérateur foncier et non comme une puissance publique. » a commencé Claude Touchefeu. « La convention donne beaucoup d’obligations à la ville et aucune à Latécoère. » a poursuivi Pierre Cohen. « Nous souhaitons que soit insérée dans la délibération une clause de retour, qui oblige Latécoère à revendre son terrain à la Ville au même prix si son projet n’aboutit pas. Il ne faut pas que Latécoère puisse faire de la plus-value sur un  terrain cédé à un prix avantageux pour un projet bien précis ! ». Jean-Luc Moudenc en a convenu et a fait modifier la délibération en conséquence. En revanche, face à la demande des élus de l’opposition pour que le site de Périole, où est implanté Latécoère aujourd’hui, reste à vocation économique, le maire de Toulouse a opposé son véto. Il souhaite en effet pouvoir urbaniser sur ce site proche de Toulouse Euro Sud-ouest.  « Vous avez dit densité modérée ? » a ironisé Pierre Cohen.

Commencé à 9h30, le Conseil municipal s’est terminé à 22h 30. Douze heures de débat (sans la pause méridienne) pour un constat : moins de services publics, des tarifs en expansion et une ambition culturelle en berne.
Ce conseil municipal était décidément bien celui des renoncements.