Pierre Cohen : « Le plan de financement de la 3e ligne n’est pas bouclé, contrairement à ce que Jean-Luc Moudenc prétend »

Pour sa conférence de presse de rentrée, le groupe socialiste et radical de la Ville de Toulouse que préside l’ancien maire de la Ville Rose Pierre Cohen a décidé de concentrer ses attaques sur une cible : les transports. Rien d’étonnant tant on sait qu’à Toulouse la droite et la gauche en font depuis des décennies un thème privilégié d’affrontement. Rien d’étonnant non plus au lendemain du lancement du débat public sur la 3e ligne de métro. Tandis que les Jeunes Socialistes de la Haute-Garonne s’apprêtent à lancer une campagne de mobilisation contre l’abandon du tarif jeunes intitulé « Hey Moudenc ! Touche pas à mon tarif jeunes », Pierre Cohen et ses camarades, loin de « Zazie dans le métro » ou du « Poinçonneur des Lilas », ont fait feu de tout bois et mis Jean-Luc Moudenc à l’amende.

Gisèle Verniol, Pierre Cohen et Romain Cujives

Il y a comme de la friture sur la ligne…

Après s’être excusé pour cette « rentrée tardive » (« les conseils municipaux se font si rares… ») et avoir chargé Gisèle Verniol, son ancienne 1ère adjointe en charge des affaires scolaires, de relativiser les effets d’annonce du maire (10 nouvelles écoles, 1000 places en crèche supplémentaires), Pierre Cohen a endossé ses habits de premier opposant. Et il n’a pas plus envie de donner quitus à Jean-Luc Moudenc en matière de fiscalité ou de sécurité qu’en matière de mobilité. Les deux hommes ne covoitureront pas ensemble. Cela va sans dire. Mais c’est mieux en le disant. Alors Pierre Cohen, aidé de Joël Carreiras, son ancien adjoint aux finances, a mis le doigt là où, selon lui, le bât blesse. Après avoir stigmatisé la remise en cause du tarif jeunes (« une erreur politique profonde ») et de la gratuité pour les seniors (« un renoncement indécent »), l’ancien président de Tisséo a exprimé ses doutes sur la solidité du plan de financement de la 3e ligne (« il manque 8 à 900 millions d’euros ») et la soutenabilité de la charge de la dette pour Tisséo. Plus largement, il a contesté la validité du choix technologique (« ce gros tuyau va-t-il régler le problème de l’asphyxie de notre agglomération ? ») et la pertinence de la politique de l’offre défendue par son successeur (« est-on certain que les airbusiens vont adhérer au métro ? »). Plus grave à ses yeux, la 3e ligne rendra impossible, du fait de son coût, la mise en oeuvre après 2020 de nouvelles infrastructures. On l’aura compris, entre Pierre Cohen et Jean-Luc Moudenc, il y a de la friture sur toute la ligne. Pas qu’entre eux d’ailleurs. Pour Joël Carreiras, la volonté du président de Toulouse Métropole de passer en force sur ce sujet – alors même que plusieurs communes (Colomiers…) ont exprimé leur refus qu’on leur fasse les poches – risque de conduire à la « dislocation de l’esprit communautaire ».

La dislocation de l’esprit communautaire

Des Toulousains frondeurs et mécontents

Quoique le sujet soit inépuisable, il fallait bien aborder d’autres thèmes. Outre la rentrée scolaire, il a bien entendu été question de fiscalité. Et sur cette thématique politiquement sensible, c’est Romain Cujives qui s’est montré le plus incisif. Après avoir critiqué une « 3e ligne fluctuante et non financée », il a fustigé « la double faute de Moudenc » consistant à « ankyloser la Ville » et à « s’attaquer au pouvoir d’achat des Toulousains en augmentant les impôts et les tarifs municipaux ». Et de conclure « Jean-Luc Moudenc ne va pas pouvoir continuer à endormir les Toulousains ». Il était difficile de faire l’impasse sur la question de la sécurité. Mais, si Pierre Cohen a formulé quelques critiques (« Jean-Luc Moudenc commence à s’apercevoir de son propre échec mais, évidemment, il ne fait pas son mea culpa préférant botter en touche et rendre l’Etat responsable »), il a reporté à plus tard (« à la mi-mandat ») le moment où il portera le fer sur le sujet. Le mécontentement de Toulousains, il en est convaincu, commence d’ailleurs à s’exprimer (« l’état de grâce est fini… »). Sous le regard approbateur de Cécile Ramos (l’élue radicale de gauche vient de rejoindre le groupe socialiste à la suite du décès de Jean-Jacques Rouch) et d’Isabelle Hardy, Gisèle Verniol a, à ce propos, estimé que « la fronde commence à s’exprimer dans les réunions de quartier ». Mais l’esprit frondeur gagne aussi les élus socialistes dont aucun n’envisage avec enthousiasme une nouvelle candidature de François Hollande à l’election présidentielle. Si François Briançon et Romain Cujives affichent sans détour leur soutien à Arnaud Montebourg dans la cadre de la future primaire de la gauche, Pierre Cohen confesse que « Hollande n’est pas (s)on candidat » tout en précisant « que, contrairement à certains, (il) ne demande pas qu’il ne le soit pas… ».

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